Vendredi 18 décembre 2009
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Je me posais cette question en sortant d’un jury d’appel d’offres.
Je croyais vivre un rêve… non, excusez-moi j’étais en plein cauchemar ! et cette question me revenait sans cesse en tête. La gorge serrée, une sueur froide perlait sur mon front. Des corbeaux volaient en cercles concentriques au-dessus de moi, croassant cette interrogation lancinante :
Pourquoi les Architectes détestent-ils l’Architecture ?
Qu’ils exercent seuls ou collectivement, pourquoi l’aiment-ils si peu en ce moment, pour proposer au Maître d’ouvrage des rémunérations si faibles qu’elles en perdent toute crédibilité.
Faut-il ne pas l’aimer pour ne plus désirer se mettre en capacité de la servir dignement.
Pourquoi les Ingénieurs, nos amis en métier, sont-ils aussi peu attentifs pour accepter de présenter conjointement des taux aussi dévalorisants ?
Pourquoi les Architectes détestent-ils l’Architecture ?
Comment faire respecter l’Architecture et comment être respecté si l’on ne se respecte pas soi-même en proposant des rémunérations qui surprennent même les Maîtres d’ouvrage par leur « bassesse » !!!
Toujours plus bas, toujours plus bas !
En voyant les noirs corbeaux se rapprocher de moi, il me revenait à l’esprit cette sagesse de Confussius : « Celui dont la pensée ne va pas assez loin verra ses ennuis de près ».
Toujours plus bas, toujours plus bas !
Les corbeaux, de près, ressemblaient maintenant à des vautours dont les desseins ne prêtaient pas de doute. La nature ayant horreur du vide, nous étions remplacés ou employés par de belles sociétés financières qui, dans un premier temps, après avoir flatté notre ego, nous demandaient dans un second temps, de signer des Permis de Construire sur lesquels nous n’avions aucune prise, puis enfin ne nous laissaient plus que le choix de la couleur des poignées de porte.
Les survivants restaient seuls, enfermés dans leur tour d’ivoire, persuadés d’avoir toujours raison… se nourrissant de leur seul esprit qui n’a point besoin d’équipe pour édifier son imaginaire.
Toujours plus bas, toujours plus bas !
Nous portions notre regard toujours plus bas pensant nous sauver peut être à très court terme. A quoi bon regarder l’avenir si le présent ne puise pas sa force dans l’expérience du passé.
Nous n’intégrions surtout pas la notion fondamentale d’équipe indispensable à la Création Architecturale.
Equipe qui doit être justement rétribuée en relation avec les lois sociales de notre pays, ou tout simplement l’honnête rémunération d’un travail bien fait.
Nous faisions fi des rémunérations de nos collaborateurs, ne donnant ni sens ni objectif à leur action. Peu nous importaient les dégâts sociaux. Peu importait la formation permanente…La progression, la dynamique d’un groupe qui vaut bien plus que la somme des parties qui le constituent.
Nous faisions fi de la notion d’Entreprise d’Architecture maîtrisée par des Architectes.
Cette attitude dévastatrice de nos agences ne faisant que conforter le projet de transposition aveugle de la directive « service » de l’Union Européenne qui risque de voir les architectes dépossédés des sociétés d’Architecture.
Nous faisions fi de notre rôle de moteur économique condition d’une reconnaissance collective au service de la société.
Nous faisions fi de la rencontre de l’autre ; Rencontre créatrice autour d’une équipe (quelle qu’en soit sa taille) compétente, fiable, responsable et dynamique, bref professionnelle, consciente du devoir que lui inspire sa responsabilité sociale…
Ne nous voilons pas la face, une équipe ainsi constituée a un coût économique que nous devons apprendre à connaître et faire reconnaître par nos partenaires Maître d’Ouvrage Public ou Privé.
Pourquoi prendre conscience que la création a un coût ?
Pour faire fortune ?… si c’était vrai cela se saurait !
Nous ne sommes plus dans un régime de mécénat et nous ne sommes ni des intermittents de la construction, ni des traders de l’espace.
Constituer une équipe pour assurer tout simplement la mission d’intérêt public que la loi de 1977 a reconnu à la création architecturale « expression de la culture ». Une équipe pour remplir son Devoir.
Notre métier est passionnant… il allie la raison à l’intuition dans une vision transversale de l’Acte de bâtir au nom de l’être humain qui doit occuper le centre de toutes nos préoccupations… Ne nous laissons pas repousser à la périphérie, occupons le centre.
Notre métier est passionnant… mais de grâce, mes chers Confrères, donnons-lui les moyens d’exister… Ne le transformons pas en un bénévolat certes sympathique mais totalement inadapté à la réalité actuelle.
Ouf ! les Architectes ne détestent pas l’Architecture ?
Je me posais encore la question lorsqu’ un lourd dossier tombé de mes mains me réveilla… les vautours redevenus corbeaux s’étaient éloignés, je n’étais pas en nage.
Je m’étais assoupi en lisant les conditions d’un appel d’offres qui, fini et envoyé, pèserait bien ses 42 kg !!! Un beau bébé qui grossit chaque jour un peu plus… Et l’on nous parle de simplification administrative. Toujours plus cette fois!
Je n’avais fait qu’un mauvais rêve. Les corbeaux étaient maintenant devenus blanches colombes. Je ne sortais pas d’un Jury où les propositions des candidats étaient scandaleuses.
Les Architectes vivaient la crise actuelle avec espoir et optimisme soucieux de relever et de transformer le défi du Développement Durable en valeurs humaines.
Les Architectes savaient que c’est dans les périodes de crise que l’on invente son avenir.
Les Architectes se structuraient pour rester les vrais professionnels de l’Acte de Bâtir qu’ils sont depuis la nuit des temps.
Les Architectes et leurs partenaires connaissaient la valeur de leur investissement au service de la création.
Les Architectes se mobilisaient contre une directive service dévastatrice (ils signaient la pétition lancée par le Conseil Régional de l’Ordre des Architectes).
Les Architectes avaient compris que l’entreprise d’Architecture n’est pas une fin en soi, juste un moyen nécessaire, dans une société de plus en plus sophistiquée, d’aller vers l’Architecture maîtrisée, responsable, porteuse de valeurs humaines durables.
Les Architectes avaient compris que lors des grandes braderies on ne vend que l’invendable !!!
Ouf ! J’étais rassuré !
Les Architectes se respectaient et ne détestaient pas l’Architecture.
Bordeaux le 30 Novembre 2009
François GUIBERT Architecte
Je croyais vivre un rêve… non, excusez-moi j’étais en plein cauchemar ! et cette question me revenait sans cesse en tête. La gorge serrée, une sueur froide perlait sur mon front. Des corbeaux volaient en cercles concentriques au-dessus de moi, croassant cette interrogation lancinante :
Pourquoi les Architectes détestent-ils l’Architecture ?
Qu’ils exercent seuls ou collectivement, pourquoi l’aiment-ils si peu en ce moment, pour proposer au Maître d’ouvrage des rémunérations si faibles qu’elles en perdent toute crédibilité.
Faut-il ne pas l’aimer pour ne plus désirer se mettre en capacité de la servir dignement.
Pourquoi les Ingénieurs, nos amis en métier, sont-ils aussi peu attentifs pour accepter de présenter conjointement des taux aussi dévalorisants ?
Pourquoi les Architectes détestent-ils l’Architecture ?
Comment faire respecter l’Architecture et comment être respecté si l’on ne se respecte pas soi-même en proposant des rémunérations qui surprennent même les Maîtres d’ouvrage par leur « bassesse » !!!
Toujours plus bas, toujours plus bas !
En voyant les noirs corbeaux se rapprocher de moi, il me revenait à l’esprit cette sagesse de Confussius : « Celui dont la pensée ne va pas assez loin verra ses ennuis de près ».
Toujours plus bas, toujours plus bas !
Les corbeaux, de près, ressemblaient maintenant à des vautours dont les desseins ne prêtaient pas de doute. La nature ayant horreur du vide, nous étions remplacés ou employés par de belles sociétés financières qui, dans un premier temps, après avoir flatté notre ego, nous demandaient dans un second temps, de signer des Permis de Construire sur lesquels nous n’avions aucune prise, puis enfin ne nous laissaient plus que le choix de la couleur des poignées de porte.
Les survivants restaient seuls, enfermés dans leur tour d’ivoire, persuadés d’avoir toujours raison… se nourrissant de leur seul esprit qui n’a point besoin d’équipe pour édifier son imaginaire.
Toujours plus bas, toujours plus bas !
Nous portions notre regard toujours plus bas pensant nous sauver peut être à très court terme. A quoi bon regarder l’avenir si le présent ne puise pas sa force dans l’expérience du passé.
Nous n’intégrions surtout pas la notion fondamentale d’équipe indispensable à la Création Architecturale.
Equipe qui doit être justement rétribuée en relation avec les lois sociales de notre pays, ou tout simplement l’honnête rémunération d’un travail bien fait.
Nous faisions fi des rémunérations de nos collaborateurs, ne donnant ni sens ni objectif à leur action. Peu nous importaient les dégâts sociaux. Peu importait la formation permanente…La progression, la dynamique d’un groupe qui vaut bien plus que la somme des parties qui le constituent.
Nous faisions fi de la notion d’Entreprise d’Architecture maîtrisée par des Architectes.
Cette attitude dévastatrice de nos agences ne faisant que conforter le projet de transposition aveugle de la directive « service » de l’Union Européenne qui risque de voir les architectes dépossédés des sociétés d’Architecture.
Nous faisions fi de notre rôle de moteur économique condition d’une reconnaissance collective au service de la société.
Nous faisions fi de la rencontre de l’autre ; Rencontre créatrice autour d’une équipe (quelle qu’en soit sa taille) compétente, fiable, responsable et dynamique, bref professionnelle, consciente du devoir que lui inspire sa responsabilité sociale…
Ne nous voilons pas la face, une équipe ainsi constituée a un coût économique que nous devons apprendre à connaître et faire reconnaître par nos partenaires Maître d’Ouvrage Public ou Privé.
Pourquoi prendre conscience que la création a un coût ?
Pour faire fortune ?… si c’était vrai cela se saurait !
Nous ne sommes plus dans un régime de mécénat et nous ne sommes ni des intermittents de la construction, ni des traders de l’espace.
Constituer une équipe pour assurer tout simplement la mission d’intérêt public que la loi de 1977 a reconnu à la création architecturale « expression de la culture ». Une équipe pour remplir son Devoir.
Notre métier est passionnant… il allie la raison à l’intuition dans une vision transversale de l’Acte de bâtir au nom de l’être humain qui doit occuper le centre de toutes nos préoccupations… Ne nous laissons pas repousser à la périphérie, occupons le centre.
Notre métier est passionnant… mais de grâce, mes chers Confrères, donnons-lui les moyens d’exister… Ne le transformons pas en un bénévolat certes sympathique mais totalement inadapté à la réalité actuelle.
Ouf ! les Architectes ne détestent pas l’Architecture ?
Je me posais encore la question lorsqu’ un lourd dossier tombé de mes mains me réveilla… les vautours redevenus corbeaux s’étaient éloignés, je n’étais pas en nage.
Je m’étais assoupi en lisant les conditions d’un appel d’offres qui, fini et envoyé, pèserait bien ses 42 kg !!! Un beau bébé qui grossit chaque jour un peu plus… Et l’on nous parle de simplification administrative. Toujours plus cette fois!
Je n’avais fait qu’un mauvais rêve. Les corbeaux étaient maintenant devenus blanches colombes. Je ne sortais pas d’un Jury où les propositions des candidats étaient scandaleuses.
Les Architectes vivaient la crise actuelle avec espoir et optimisme soucieux de relever et de transformer le défi du Développement Durable en valeurs humaines.
Les Architectes savaient que c’est dans les périodes de crise que l’on invente son avenir.
Les Architectes se structuraient pour rester les vrais professionnels de l’Acte de Bâtir qu’ils sont depuis la nuit des temps.
Les Architectes et leurs partenaires connaissaient la valeur de leur investissement au service de la création.
Les Architectes se mobilisaient contre une directive service dévastatrice (ils signaient la pétition lancée par le Conseil Régional de l’Ordre des Architectes).
Les Architectes avaient compris que l’entreprise d’Architecture n’est pas une fin en soi, juste un moyen nécessaire, dans une société de plus en plus sophistiquée, d’aller vers l’Architecture maîtrisée, responsable, porteuse de valeurs humaines durables.
Les Architectes avaient compris que lors des grandes braderies on ne vend que l’invendable !!!
Ouf ! J’étais rassuré !
Les Architectes se respectaient et ne détestaient pas l’Architecture.
Bordeaux le 30 Novembre 2009
François GUIBERT Architecte